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Transition au Burkina Faso : « Nous avons souhaité apporter notre soutien à la transition parce que c’est la survie même du Burkina Faso qui est en jeu », Augustin Loada, président par intérim de l’UNIR/MPS

Porté à la tête de l’Union pour la renaissance/Mouvement patriotique sankariste le 21 janvier dernier, Augustin Loada dans cet entretien qu’il a bien voulu nous a accordé le 4 février 2023 fait un tour d’horizon sur la situation nationale et sur la vie de son parti. Pour le président par intérim du parti de la colombe blanche et de l’œuf, « lorsque le capitaine Traoré a pris le pouvoir le 30 septembre, au regard de ce qu’il a annoncé et au regard de ce que nous avons constaté, nous avons vu qu’il y avait quand même une identité de vue et au niveau du parti nous avons souhaité apporter notre soutien à la conduite de ce processus de transition », nous a-t-il confié. Sur la vie de l’UNIR/MPS, Augustin Loada a indiqué que « défi est d’offrir un alternative sankariste crédible à notre peuple de manière à ce que ces idées sankaristes soient portées au pouvoir pour que les valeurs sankaristes soient mise en œuvre dans le cadre de la gestion du pouvoir d’Etat ». Lisez-plutôt !

Comment l’UNIR/MPS se porte-t-il ?

L’UNIR/MPS va bien, c’est vrai que c’est un parti en construction, en consolidation aussi mais, dans l’ensemble le parti se porte bien. L’UNIR/MPS est la résultante de plusieurs partis politiques et organisations de la société civile qui se réclament de la même valeur notamment, les valeurs sankaristes et il y a eu une fusion qui a été réalisée il y a plus d’une année, nous sommes actuellement en train de renforcer et consolider les bases du nouveau parti qui est né de cette fusion-là.

Depuis que nous avons pris la direction par intérim de ce parti, nous sommes en train de tenir un ensemble de réunion avec les différentes structures pour faire le point de ce qui reste à faire pour consolider la structuration. Comme je l’ai dit le chantier est toujours d’actualité.

Le 21 janvier dernier Me Bénéwendé Sankara à transmis le flambeau de l’UNIR/MPS à Augustin Loada

Quelle est votre lecture sur la conduite de la Transition actuelle en cours au Burkina Faso ?

On peut dire qu’elle a été relativement chaotique puisque comme vous le savez, deux coups d’Etat en une seule année en 2022, nous avons eu le MPSR qui a pris le pouvoir en janvier 2022 et ensuite il y a eu rectification au sein du MPSR. C’est-à-dire que le processus transitionnel qui était conduit à partir janvier 2022 n’était pas satisfaisant y compris au sein même de l’équipe qui a pris le pouvoir.

Et lorsque le capitaine Traoré a pris le pouvoir le 30 septembre, au regard de ce qu’il a annoncé et au regard de ce que nous avons constaté, nous avons vu qu’il y avait quand même une identité de vue et au niveau du parti nous avons souhaité apporter notre soutien à la conduite de ce processus de transition. Parce que l’enjeu dépasse de loin les petits calculs égoïstes, parce que c’est la survie de l’Etat-nation.

C’est la survie même du Burkina Faso qui est en jeu et comme les autorités se sont engagées à restaurer l’intégrité de notre territoire et à faire moins de politique à la différence de la première équipe qui avait pris le pouvoir, nous avons constaté qu’effectivement du point de vue de lutte contre la corruption, de l’exemplarité des nouveaux dirigeants, du point de vue également de l’engagement sur le terrain de la lutte contre l’insécurité, il y avait de la détermination et nous avons décidé d’apporter notre soutien dans la conduite de ce processus transitionnel.

Comment votre soutien à la Transition se manifeste-t-il donc ?

Ce soutien se manifeste par des prises de position, tout ce qui va dans le sens de restaurer l’intégrité de notre territoire en prenant en compte un certain nombre de principes et un certain nombre de valeurs sankariste que nous avons. Par exemple, nous pensons à la stratégie de sécurisation qui est conduite actuellement sur le terrain. En tant que sankariste nous avons souligné qu’il appartient d’abord au peuple lui-même d’assurer sa propre sécurité et qu’il ne faut pas confier cette sécurité-là aux troupes étrangères.

De ce point de vue, nous avons considéré que c’était une bonne décision dans la mise en œuvre de cette stratégie de sécurisation qui a consisté à impliquer les citoyens ordinaires à travers les volontaires pour la défense de la patrie (VDP) à les associer à la conduite des opérations de sécurisation de notre territoire. Bien entendu, et comme le disent les sankariste, il faut une formation politique, une formation idéologique et une formation citoyenne pour ne pas que ces VDP deviennent tout militaire sans formation, des criminels en puissance.

Donc nous pensons qu’associer les VDP était un bon choix ensuite, il faut veiller à ce que ces VDP soient bien organisés, soient sous le contrôles des forces de défense et de sécurité (FDS) et qu’ils soient bien formés non seulement militairement mais, qu’on les dote aussi d’autres aspects liés aux respects des droits humains, aux respects des principes organisationnels.

En tant que politique, que pensez-vous de la suspension des activités politiques ?

Non, il faut préciser les choses. Je ne crois pas que les activités des partis politiques aient été suspendues. C’est vrai que nous avons vu des communiqués mais, il faut rappeler que nous sommes encore dans un Etat de droit et à ce que je sache, la Constitution qui garantit la liberté de création des partis politiques est toujours en vigueur. La preuve, je pense qu’il y a des partis qui ont été créés après le coup d’Etat de janvier 2022 donc cela veut dire que la liberté de création de partis politiques est garantie, il y a la charte des partis politiques qui définit les droit et les devoirs des partis politiques et cette charte est toujours en vigueur.

Du point de vue juridique, il n’y a pas eu de textes de loi, de textes règlementaires qui aient suspendus les activités des partis politiques. Evidemment, les partis politiques burkinabè, pour la plupart sont des partis politiques responsables, ils savent que notre pays traverse une situation très difficile sur le plan de la sécurité et que même ces partis politiques voient leurs activités restreintes par le contexte sécuritaire lui-même. Parce que s’il n’y a pas de sécurité, les militants ne peuvent pas se réunir et ne peuvent pas mener des activités dans les provinces eux-mêmes.

Quelque part, c’est la situation qui commande que les partis politiques eux-mêmes fassent preuve de mesure, de prudence et de responsabilité. Evidemment, les communiqués qui ont été publiés par le ministère en charge de l’administration territoriale, pour moi, sont des invites aux partis politiques à faire preuve des responsabilités compte tenu du contexte sécuritaire parce que les partis politiques ont des statuts et des règlements intérieurs qui les obligent à tenir par exemple un certain nombre d’instances. On ne peut pas en vouloir à un parti politique qui respecte ses propres statuts et règlements intérieurs.

Quelle appréciation faites-vous des manifestations de soutien au Capitaine Traoré et les appels à rompre la coopération avec la France ?

Pour Augustin Loada, les manifestation de soutien au capitaine Ibrahim Traoré est tout à fait légitime

D’abord, il faut rappeler que tout pouvoir et tout système politique a besoin de soutien pour fonctionner, ce n’est pas seulement au Burkina Faso, ailleurs en Afrique et partout dans le monde y compris dans le système démocratique, ces système ne fonctionne que si y a un soutien qui leur est apporté. Et ce soutien généralement vient de l’environnement immédiat.

Je dirai que c’est tout à fait normal et légitime que des groupes organisés ou non organisés apportent leur soutien à une équipe qui portent leurs aspirations. Que ces groupes-là demandent aussi à ce qu’on diversifie le partenariat du Burkina Faso, vis-à-vis des puissances extérieures, là également, c’est légitime. Comme vous le savez, le Burkina Faso, est un pays souverain qui peut et qui doit librement décider de ses alliances. Evidemment, tout ceci doit être décidé en conformité avec les intérêts de notre peuple. Si cela va dans le sens des intérêts des peuples, on n’en voudrait pas à une équipe qui cherche à garantir et même à promouvoir les intérêts de notre peuple et c’est dans ce sens-là que nous comprenons que face à un environnement international qui est hostile ou réservé ou qui n’est pas tout à fait engagé derrière le Burkina Faso, que le Burkina Faso aille là où il peut obtenir des soutiens.

Je vous ai dit qu’un système politique, pour fonctionner à besoin de soutien et ces soutiens ce n’est pas seulement au plan national c’est aussi au plan international. Donc c’est tout à fait légitime qu’on aille vers les acteurs internationaux qui nous soutiennent et qui sont prêts à nous apporter un appui pour nous défendre, pour résoudre les problématiques auxquelles nous sommes confrontées.

Je pense qu’il faut entendre l’appel à rompre avec la France comme des griefs, comme une insatisfaction vis-à-vis de la relation que nous avons avec la France. C’est vrai qu’il y a beaucoup de chose qu’on entend dans la relation avec la France, il y a une part peut-être d’exagération mais, il y a peut-être une part de vérité à savoir que la France aurait pu faire mieux que ce qu’elle fait pour notre pays. Donc il y a une sorte d’insatisfaction qui est exprimée par ces groupes organisés ou inorganisés. Je pense que les autorités doivent décidées en tout état de cause en fonction des intérêts de notre pays et c’est pour cela qu’elles ont cette responsabilité-là.

Ces mêmes manifestants souhaitent une coopération avec la Russie et d’autres mêmes souhaitent voir Wagner au Burkina Faso. Quelle est votre lecture ?

Je pense que tout ceci est la manifestation d’une insatisfaction vis-à-vis de nos partenaires traditionnels et une volonté d’aller voir ailleurs pour trouver ce qui nous manque dans la lutte que nous avons engagé contre les groupes armés terroristes. Sur ce point, je pense que nos autorités ont été très claires, nos Wagner ce sont nos forces de défense et de sécurité mais aussi et surtout nos volontaires pour la défense de la patrie.

Ce sont les Burkinabè qui doivent assurer leur propre sécurité et les autorités l’ont dit et redit et nous sommes tout à fait en congruence avec ce qui a été dit. Ce sont les VDP, les citoyens organisés qui peuvent également apporter leur contribution pour la sécurisation du pays.

Donc il faut entendre ces appels comme des manifestations d’insatisfaction et même parfois de colère vis-à-vis de nos partenaires traditionnels. Mais nous faisons confiance à nos autorités pour décider en fonction des intérêts à court mais, aussi à long terme de notre peuple.

Egalement sur la coopération multilatérale notamment, avec le système des Nations unis, il y a aussi de l’eau dans le gaz en témoigne le renvoi de la coordonnatrice et les problèmes concernant les ravitaillements. Quelle est votre appréciation ?

Nous ne pouvons qu’être d’accord avec nos autorités. Comme nous l’avons souligné précédemment, le Burkina Faso est un Etat souverain donc il est tout à fait légitime et même un devoir pour nos autorités de contrôler tout ce qui se passe à l’intérieur de nos frontières. Je ne pense pas que c’est une remise en cause de notre relation avec les puissances internationales ou avec le système des nations unies. Le Burkina Faso veut être souverain dans les limites de son territoire. Donc c’est tout à fait légitime que nos autorités sachent qui fait quoi, qui distribue quoi et à qui. C’est tout à fait normal pour un Etat souverain. Bon, peut-être qu’avec les individus, il peut avoir des malentendus, peut-être même des inconduites qui peut expliquer qu’un individu particulier soit déclaré persona non grata mais cela ne doit pas amener à une remise en cause entre institution, entre Etat burkinabè et les institutions internationales ou les puissances internationales.
Il s’agit de savoir exactement qu’est-ce qui est transporté et à qui cela est destiné parce que dans un Etat souverain, on ne peut pas fermer les yeux sur le contenu des livraisons et les destinataires des livraisons. Pour moi, que les autorités aient décidé de suspendre pour qu’on se mette d’accord sur les règles du jeu avant que les choses ne reprennent c’est tout à fait légitime et je pense que c’est ce qui s’est passé. Je pense qu’il y a eu une clarification et les opérations ont repris.

Le vendredi 3 février dernier, c’était le grand oral du chef de l’Etat, Ibrahim Traoré, comment appréciez-vous les réponses du chef de l’Etat aux questions des journalistes ?

Le président par intérim de l’UNIR/MPS a positivement apprécie le grand oral du chef de l’Etat

J’ai vu un président qui m’a donné une forte impression de sincérité. J’ai vu quelqu’un de calme, de posé, de digne qui sait ce qu’il veut et déterminé dans les objectif qu’il s’est assigné notamment la restauration de l’intégrité de notre territoire.

Il n’a pas caché les difficultés, il a reconnu qu’effectivement les attaques se sont multipliées et tout le monde a pu le constater. C’est donner un coup de pied dans une fourmilière, les fourmis sortent et elles peuvent devenir plus agressives, c’est peut-être un signe que nous avons repris l’initiative et que les groupes armés sont dans leur dernier retranchement. C’est ce qu’il a essayé de porter comme message. Le fait qu’il y ait multiplication des attaques voudrait dire que les groupes armés terroristes sont acculés, sont aux abois donc deviennent plus agressifs. Mais, il a dit que c’est pour un temps et c’est notre espoir parce que s’il n’y a pas d’espoir, il n’y a rien à faire. On espère que ces multiplications d’attaques des groupes armés terroristes que ce soient leur derniers soubresauts de la bête qui est en train de finir.

 

Dans l’interview du chef d’Etat, il est également revenu sur son plan de développement endogène. Votre avis sur la question ?

Je ne sais pas si avec le temps de la Transition c’est suffisant pour parler véritablement de programme de développement mais, j’ai compris ce qu’il voulait dire par là à savoir que la crise actuelle que nous traversons est en partie due à des territoire que nous avons laissé en friche, que nous avons laissé en jachère. Alors que ces territoires recèlent de potentialités inexploitées qui auraient pu générer des revenus et des ressources pour une jeunesse qui ne trouve pas d’emploi et qui peut-être trouver dans les groupes armés terroristes un exutoire. De mon point de vue, il est tout à fait pertinent d’envisager d’exploiter un certain nombre de potentialités qui vont permettre de réinsérer tous ces jeunes en perdition qui se sont enrôlés dans les groupes armés terroristes et qui accepteraient de renoncer aux armes s’il y avait une alternative qui leur étaient offerte concrètement sous la forme d’activités, d’emplois qui leur permettraient de vivre décemment.

Pensez-vous qu’éventuellement la Transition peut être prolongée ?

Je pense que les autorités se sont engagées à tenir les objectifs dans un délai précis. Personne ne se fait d’illusion, nous savons tous que pour éradiquer les groupes armés terroristes, il faut plus que 20, 21 ou 24 mois. En tout cas ce n’est pas en deux ans que l’on va éradiquer le terrorisme au Burkina Faso. Cela dit, il y a des choses qu’on peut faire, il y a des choix qu’il faut faire à court terme. Notamment l’organisation des élections dans un délai qui a été annoncé qu’on puisse le déborder de quelques mois, on peut le comprend mais on a besoin quand même d’un horizon lorsqu’on parle de Transition, c’est un projet qui a un début et une fin.

Lors de sa visite au Mali, le Premier ministre a évoqué la création d’une fédération entre le Burkina Faso et le Mali. Cela est-il réalisable dans le contexte actuel ?

Vous savez que les sankaristes sont des panafricanistes donc sur le principe que le Burkina Faso s’engage dans une union avec d’autres Etats africains, c’est tout à fait louable et notre Constitution d’ailleurs le prévoit. Lorsque vous regardez la Constitution de beaucoup de pays de la sous-région à l’exception de quelques pays notamment, la Côte d’Ivoire, cette possibilité de fusion est tout à fait prévue.

C’est tout à fait légitime pour un panafricaniste maintenant entre le discours et la réalité, il peut y avoir un fossé parce que comme je l’ai dit, une transition, ça a un début et ça a une fin. On sait que ce sont des processus qui sont lents à se mettre en place mais je pense que s’il y a une dynamique qui est lancée. Pourquoi pas ? Elle peut se concrétiser le temps que ça prendra mais sur le principe, nous sommes des panafricanistes au sens propre du terme et nous sommes favorables à tout ce qui s’apparenterait à un processus de fédération, de confédération de nos Etats pour les rendre plus forts pour faire face aux défis internes et géopolitiques externes auxquelles nous sommes confrontés.

Quels sont les principaux défis qui se présentent au président par intérim de l’UNIR/MPS que vous êtes ?

Augustin Loada a appelé l’ensemble du peuple burkinabè à soutenir la Transition

Il y a des défis à court et à moyen terme. A court terme, c’est consolider l’organisation et la structuration du parti. Comme nous l’avons dit, c’est un parti qui résulte de la fusion de plusieurs partis et organisations il y a moins de deux ans de cela. Donc il y a tout un travail à poursuivre pour consolider la structuration du parti, évidemment le contexte actuel est un contexte qui est difficile et qui est défavorable donc c’est vraiment un défi pour nous et pour d’autres partis politiques d’ailleurs. L’autre défi est d’offrir un alternative sankariste crédible à notre peuple de manière à ce que ces idées sankaristes soient portées au pouvoir pour que les valeurs sankaristes soient mise en œuvre dans le cadre de la gestion du pouvoir d’Etat et nous pensons que c’est la voie la meilleure pour le développement démocratique du Burkina Faso.

Un appel particulier à l’endroit du peuple ?

C’est d’abord vous remercier pour l’opportunité que nous avez donné pour faire un tour d’horizon de la situation interne du parti qu’est l’UNIR/MPS mais, aussi de faire un tour d’horizon sur la question nationale qui nous préoccupe, la question de la sécurité. L’appel, c’est vraiment de soutenir le processus transitionnel en cours pour qu’il arrive à bon port. Il y a la question du défi sécuritaire qu’il faut absolument relever et ça requiert des Burkinabè plus d’unité, plus de mobilisation pour qu’on puisse venir à bout de l’hydre terroriste. C’est cela qui va nous permettre de retourner dans une vie constitutionnelle normal et c’est cela qui va nous permettre de mener librement nos activités sans craindre pour notre sécurité.

Anna OUEDRAOGO

Afrikpresse.com

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