a
Afrikpresse
AccueilDéveloppementSahel : la nouvelle donne américaine pour contrer l’axe Moscou-Bamako

Sahel : la nouvelle donne américaine pour contrer l’axe Moscou-Bamako

 Face aux succès de la stratégie russe au Sahel, Washington change son fusil d’épaule et renoue le dialogue avec les putschistes. Une realpolitik assumée qui bouscule les vieux dogmes démocratiques.

L’administration américaine a pris une décision qui en dit long sur l’évolution des rapports de force au Sahel. Fin janvier, elle a dépêché sur place Nick Checker, un diplomate chevronné, avec une mission délicate : renouer le fil du dialogue avec les autorités militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger, que Washington avait ostracisées après les coups d’État. Une volte-face spectaculaire qui marque la fin de la politique de la chaise vide.

Le facteur russe, accélérateur du réalignement américain

Ce revirement n’est pas le fruit d’un quelconque remords démocratique. Il est dicté par une réalité stratégique implacable : la présence militaire russe dans la région, via l’Africa Corps (ex-groupe Wagner), s’est considérablement renforcée. L’attaque repoussée fin janvier contre l’aéroport de Niamey, où les forces nigériennes et russes ont fait preuve d’une coordination efficace, a agi comme un électrochoc à Washington.

Pour le Pentagone, le scénario est clair : si les États-Unis persistent dans leur posture de « donneurs de leçons », ils perdront définitivement pied dans une zone où se joue pourtant la stabilité de tout le golfe de Guinée. Les jihadistes, profitant du vide sécuritaire, pourraient menacer à terme les approvisionnements énergétiques et miniers de l’Europe, alliée historique des Américains.

La diplomatie du donnant-donnant

La visite de Nick Checker à Bamako, le 2 février, a illustré cette nouvelle approche pragmatique. Fini les sermons sur la démocratie et les droits de l’homme. L’émissaire américain est venu avec une proposition concrète, presque commerciale.

Selon des sources concordantes, les États-Unis ont proposé une reprise progressive de l’aide au développement et un partage de renseignements en temps réel, en échange de deux contreparties : un retour à un calendrier électoral « raisonnable » et, surtout, une diversification des partenariats sécuritaires. En clair, Washington ne demande pas une rupture brutale avec Moscou — ce serait irréaliste — mais une « réduction de la dépendance » vis-à-vis des forces russes.

Cette approche pragmatique séduit une partie de l’administration Trump, favorable à une politique étrangère transactionnelle. Pourquoi laisser Moscou occuper seul le terrain quand on peut proposer une alternative crédible, même imparfaite ?

Les limites de l’offre américaine

Pourtant, l’offre américaine se heurte à un mur de défiance. Les autorités sahéliennes ont une mémoire longue. Elles n’ont pas oublié que, sous l’ère Biden, Washington avait non seulement gelé les aides, mais aussi activement soutenu les sanctions de la CEDEAO contre le Mali, plongeant des millions de personnes dans une crise humanitaire aggravée.

De plus, la proposition américaine souffre d’un manque de crédibilité militaire. L’AFRICOM, bien que puissant, est perçu comme un partenaire intermittent, présent par à-coups via des drones et des frappes chirurgicales, mais incapable de fournir un soutien au sol continu. À l’inverse, l’Africa Corps est sur le terrain, aux côtés des soldats maliens et nigériens, partageant les risques et les tranchées.

Un équilibre des forces en mutation

Ce que Washington semble découvrir avec retard, c’est que le Sahel est devenu un laboratoire de la multipolarité. Les dirigeants de l’AES, qu’on les approuve ou non, ont appris à jouer des rivalités entre grandes puissances. Ils ne sont plus des pions, mais des acteurs.

En nommant Frank Garcia, un « faucon » issu du renseignement naval, au poste de numéro deux pour l’Afrique, Trump envoie un signal à Moscou : la partie ne fait que commencer. Mais sur le terrain, c’est une guerre d’influence qui se joue, et pour l’instant, les Russes tiennent leurs positions.
La décision de Bamako et Niamey de quitter la CEDEAO et de former leur propre alliance est la preuve que

le vent de l’histoire ne souffle plus dans le sens de Washington.

Share With: